Epuisement professionnel, comment le prévenir ? La contemplation, la m – Beautyandblack

Epuisement professionnel, comment le prévenir ? La contemplation, la méditation, le Yoga

L'épuisement professionnel (E.P.), plus connu du grand public dans son appellation anglo-saxonne de burn-out, n'est pas né d'hier. Connu depuis cinquante ans, il a été observé aux Etats-Unis dans les années 1970. Il trouve son origine dans une incapacité à gérer le stress émotionnel induit par son travail ou par une dépense excessive d'énergie menant à un sentiment d'échec et de fatigue. Son occurrence serait particulièrement élevée dans le milieu hospitalier, particulièrement dans les services de réanimation où il toucherait un tiers des infirmières et infirmiers et la moitié des médecins. L'épuisement professionnel se distingue clairement de la dépression en ce sens qu'il n'affecte que la vie professionnelle de la personne touchée et non pas sa vie professionnelle et privée. On lui distingue également trois caractéristiques :

  • l'épuisement émotionnel,
  • la dépersonnalisation qui se traduit par un cynisme,
  • une impression de non-accomplissement personnel.

Cette sensation de non accomplissement personnel n'est pas chose nouvelle. La dépersonnalisation du travail, née dans l'esprit de Ford et de Taylor puis dans leurs ateliers de montage à la chaîne, alimente l'organisation nouvelle de nos usines depuis plus de 200 ans. L'entrée dans le XXème siècle a ôté à l'ouvrier le plaisir du travail et cette lèpre s'est échappée dans l'ensemble des domaines puisqu'elle touche même l'organisation du travail dans le secteur public. Simone Weil est peut-être la philosophe qui, de par son expérience ouvrière chez Renault, en parle le mieux dans Expérience de la vie d'usine (1941). Les trois principes du Taylorisme exposent à eux seuls la misère de nos nouvelles conditions sociales : "la division verticale du travail ("tout travail intellectuel doit être enlevé à l'atelier pour être concentré dans les bureaux de planification et d'organisation"), la division horizontale du travail, le salaire au rendement et le contrôle du temps." Proudhon écrivait déjà en 1850 que « le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié ».

Si l'enfer a une devise, peut-être le démon a-t-il pris celle-ci. En dehors de nos usines les autres secteurs d'activité ne sont pas demeurés en reste puisque la division du travail a été adoptée dans la quasi-totalité des secteurs. Les ouvriers, les employés, nous ne faisons plus que partie d'un grand tout dont on nous demande de ne maîtriser qu'une infime partie qui ne demande, la plupart du temps, aucune capacité de réflexion. Ajoutez à cela le manque de personnel et donc l'augmentation de la cadence de travail et vous voici devant les premiers ingrédients de ce qui tend à devenir le mal du siècle : le burn out. Pourtant, il ne s'agit là que de la conséquence directe de la recherche constante de l'augmentation des gains de productivité par des économies d'échelle. Voilà pour la dépersonnalisation.

Pour ce qui est du choc émotionnel qui touche principalement nos professions médicales mais également, dans une large mesure, nos professions sociales, il n'est pas nécessaire d'en rechercher les causes beaucoup plus loin que dans la paupérisation de la société. C'est un cercle bien vicieux que celui des conditions de travail qui mène, jusque dans les foyers, à une dégradation de nos humeurs et de nos conditions de vie qui font entrer des légions de citoyens dans les locaux des travailleurs sociaux. Peut-on changer l'organisation du travail se demandait Simone Weil qui semblait particulièrement perplexe à ce sujet et refusait d'y répondre franchement positivement ? Je ne vais donc pas me mesurer à l'un des plus grands esprits de son temps en proposant une solution qui ne serait qu'une discussion de bar.

Ce que je vais proposer n'est pas un changement structurel car je ne dispose, comme beaucoup d'entre nous, d'aucun levier sur cette structure. J'irai même plus loin en disant qu'en France, l'on cherche de plus en plus à savoir qui a réellement ces leviers sociétaux en main. Ce que je vais donc vous proposer, à vous qui peut-être souffrez d'un état d'épuisement professionnel ou qui souhaitez prévenir ce trouble, c'est de suivre une très belle maxime de Descartes : j'ai "tâché toujours plutôt à me vaincre que vaincre la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde, et généralement de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est au regard de nous absolument impossible".

En matière de révolution de nos conditions de travail, si nous devons attendre qu'une réforme vienne nous soulager il se pourrait bien que nous mourrions derrière la machine, que celle-ci soit une chaîne de montage, un ordinateur ou un réanimateur. Par conséquent, et pour suivre ce fabuleux conseil de Descartes, il convient avant tout de travailler sur nous-même pour nous éviter l'épuisement. Comment faire ? En revenant vers l'essentiel, c'est-à-dire vers notre for intérieur. Nous savons très bien que ce for est de plus en plus assiégé. Qu'aux organisations ubuesques de nos tâches s'ajoutent nos outils numériques. Ces téléphones, tablettes et ordinateurs portables qui nous connectent en permanence à notre employeur, à nos amis ou à nos familles, ajoutant encore à notre harassement.

Bien que l'on soit obligé de travailler pour gagner l'argent nécessaire à la tenue du ménage ; bien que l'on soit obligé aujourd'hui d'entrer dans l'ère du numérique pour échanger, payer les impôts, accéder à nos extraits de compte bancaire ou acheter des biens qui ne se trouvent plus dans nos magasins qui subissent les mesures sanitaires, nous devons nous créer des moments de quiétude. Une méthode que nous avons depuis longtemps oubliée est celle de la contemplation. Ne pensez pas que vous me voyez venir.

Pour faire face à une charge de travail trop soutenue, je vous proposerai donc dans cet article de faire un petit détour par la contemplation puis, dans mes deux prochains articles je m’intéresserai à ce qui peut nous apprendre à gérer notre stress émotionnel. En l’espèce, il s’agira dans un premier temps de la méditation au travers d’un entretien avec Charles-Etienne, professeur de méditation au Québec, puis un autre entretien à propos du yoga avec Valérie, professeure de Yoga à Québec.

La contemplation

L'idée que la contemplation des belles choses puisse créer de la joie est une idée certes platonicienne mais qui ne sous-entend pas nécessairement une transcendance. La contemplation peut l'accompagner mais elle dépend de chacun et la foi n'est pas un corollaire obligatoire. Nous ressentons tous, au contact d'un paysage ou d'une œuvre d'art une émotion esthétique que l'on tire de la perception du sublime. Cet aura du paysage ou de l’œuvre, nous pouvons la ressentir par la contemplation. Pratiquer la contemplation, c'est viser l'extase. C'est-à-dire, au sens étymologique du terme, "être hors de soi".

Vous pouvez ainsi pratiquer la contemplation de manière platonicienne, c'est-à-dire comme des croyants et considérer qu'elle est la représentation d'un Dieu qui s'incarne par ce biais dans votre propre inconscient, comme le pensait le philosophe Emerson. Mais vous pouvez également considérer la contemplation d'une manière agnostique comme un Schopenhauer, c'est-à-dire en s'extasiant de manière immanente.

Pour marier le paysage à l'art et illustrer ce que je vous propose il suffit de regarder les toiles de Caspar David Friedriech.

Les âges de la vie_Capsar David Friedriech_1834

Lorsque nous regardons cette peinture (Les âges de la vie, 1834) apaisante flamboyer des couleurs du couchant en présentant l'allégorie de l'existence, n'est-ce pas Baudelaire que l'on entend ?

"Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer." (L'homme et la mer, Baudelaire, dans Les fleurs du mal).

Voyageur contemplant une mer de nuages

Lorsque nous regardons cette peinture d'un homme contemplant une mer de nuage du haut d'un roc ou sur un promontoire, ne sont-ce pas les rimes d'un Victor Hugo qui nous reviennent en écho ?

"Avez-vous quelquefois, calme et silencieux,

Monté sur la montagne, en présence des cieux ?

Était-ce aux bords du Sund ? aux côtes de Bretagne ?

Aviez-vous l'océan au pied de la montagne ?

Et là, penché sur l'onde et sur l'immensité,

Calme et silencieux, avez-vous écouté ?" (Ce qu'on entend sur la montagne, Victor Hugo)

Pourquoi voit-on des voyageurs débarquer à La Paz pour contempler l'Illimina surplombant la ville de ses neiges éternelles ? Pourquoi voit-on des voyageurs, sous un brûlant soleil, courir le désert australien pour contempler l'Uluru ? Pour ressentir l'extase et la joie. Toutefois, ce n'est pas une invitation à prendre des vacances que je vous fais car il n'y a nul besoin de parcourir 10 000 kilomètres pour pratiquer la contemplation. Ni, comme Nietsche, de parcourir l'Italie ou, comme Schopenhauer et Hegel, de marcher dans les Alpes bernoises.

Nous pensons cela car nous avons perdu la notion du temps. Nous sommes les enfants d'une époque qui se presse pour tout. Nous nous pressons pour emmener les enfants à la crèche ou à l'école avant de courir jusqu'au travail. Nous mangeons entre deux réunions ou durant nos quatre minutes de pause entre deux rangements de produits sur des étagères. Nous courrons le soir pour rechercher les enfants, préparer à manger, faire les devoirs, la vaisselle, brosser les dents, lire les histoires, les coucher et les recoucher puis les recoucher à nouveau. C'est avec empressement que nous rejoignons notre lit pour dormir au plus vite.

De ces journées harassantes nous pensons n'avoir pas eu le temps de souffler et surtout, nous croyons que nous n'avons pas de temps pour le faire. C'est ici que se trouve l'illusion. Ce n'est pas parce que le temps que nous avons à nous consacrer ne peut pas durer une heure que nous ne pouvons pas nous arrêter deux minutes sur notre chemin de retour ou faire un détour de cinq minutes pour contempler un lieu.

Bien que les chutes Victoria ne soient pas sur le chemin de notre appartement ou de notre maison, que le Fuji Yama ne soit pas à portée de détour, nous avons mille occasions de nous extasier sur un coin de ciel bleu, un clair de lune ou sur le reflet d'un rayon à la surface d'une onde. Toutes ces occasions de contemplation ne sont pas rares. Elles sont tout autour de nous mais nous ne les voyons pas car nous ne prenons pas le temps de souffler. Nous ne regardons plus alentour. Nous sommes perdus dans nos réflexions ou nous projetons sur notre prochaine tâche puis la suivante encore et encore.

C'est cet état d'esprit qui nous mène lentement vers l'épuisement professionnel. C'est cela que nous devons changer. Ne croyez pas que vous octroyer ces deux minutes par jour soit sans effet. Lorsque vous habituerez votre cerveau à ces temps de contemplation vous vous surprendrez rapidement à voir surgir les occasions de respirer, de se poser comme on dit. Si deux minutes ans oxygène peuvent suffire à mourir, deux minutes de contemplation et de maîtrise de sa respiration peuvent suffire à bien vivre.

A cela s'ajoute une chose qu'il ne faut pas oublier. Lorsque vous regardez ce Materhorn qui s'élève derrière chez vous, cette Forêt Noire qui court devant votre plaine ou ce Canigou enneigé qui regarde au loin la mer, vous contemplez ce que des générations d'autres ont contemplé avant vous. Les mêmes formes, les mêmes couleurs. La même sensation peut-être de petitesse ou d'extase qui nous fait repenser l'expression de Napoléon à ses généraux au pied des pyramides : "Allez, et pensez que du haut de ces monuments, quarante siècles vous observent".

Si toutefois la contemplation n'est pas votre tasse de thé ou ne vous satisfait pas suffisamment, il y a aussi la méditation. Je vous en parle la semaine prochaine.

Oumou, The Black Cherry


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