Les cosmétiques et leurs dangers – Beautyandblack

Les cosmétiques et leurs dangers

       

       Le développement de la cosmétique est accompagné d'une branche du nom de cosmétologie. Cette discipline comprend ses "cosmétologues". Qu'est-ce qu'un cosmétologue ? Si l'on en croit Wikipedia, la cosmétologie est l'étude et l'application des produits de beauté, incluant la coiffure, les soins de la peau, les cosmétiques, les manucures et les pédicures etc. Pour le CNRTL1, la cosmétologie et donc le cosmétologue est la "partie de l'hygiène qui étudie la composition, l'emploi des produits cosmétiques et leurs effet sur l'organisme". Le XXIème siècle marque l'accroissement de ces fonctions aux suffixes en "logue" comme les déontologues, les numérologues et autres relaxologues qui nous font plus penser aux charlatans décrits par J. Brunet qu'aux véritables scientifiques que peuvent être les cosmétologues au sens qu'en donne le CNRTL.

       "Cicéron disait qu'il n'y avait point d'absurdités qui n'ai des partisans, et que l'on peut tout hasarder, parce qu'il y a des esprits toujours prêts à tout accueillir. Aujourd'hui comme au temps de Cicéron, nous voyons des hommes afficher la singularité, annoncer des merveilles, faire des miracles, non seulement en présence d'une multitude qui les croit et les admire, mais aussi sous les yeux de gens instruits qui les prônent avec enthousiasme, et leur ouvrent bénévolement le chemin de la fortune et des honneurs... Plus bas, des magnétiseurs, des phrénologues, des homoeopathis, des ribouteurs, des uroscoptes, des guérisseurs et charlatans de place publique, des arracheurs de dents et extirpeurs de cors, des tireuses de cartes, des liseuses de bonne aventure dans la mare de café ; des ignorans revêtus de brevets et d'approbations, annonçant, sous des noms barbares, des remèdes secrets et infaillibles pour la cure des maladies incurables... un élixir odontalgique propre à faire tomber les dents sans les arracher, une eau pour teindre les cheveux en noir et qui les rend verts roux qu'ils étaient, une huile de Macassar pour les ressusciter, une essence composée avec l'hockiac des Chinois, une eau de Vénus, une pommade cosmétique."2

 

       Concentrons-nous donc sur les vrais cosmétologues. Ceux qui étudient les propriétés dangereuses des composants de nos produits cosmétiques sur nos corps. Car la recherche de produits cosmétiques a mené à des utilisations dangereuses. Ainsi l'on utilisait les feuilles de l'Atropa Belladonna (Belladone en Français) ainsi que leurs baies pour en faire un fard. Le poison contenu dans la plante a mené à de nombreux empoisonnements, soit par accident, comme la mort en 1793 de 14 orphelins de l'hospice de la Pitié à Paris qui étaient chargés de sarcler ces plantes médicinales et qui mangèrent de ses baies sucrées, soit volontairement par l'empoisonnement en Écosse des envahisseurs danois.3 De nos jours, l'on craint plus l'utilisation de métaux lourds dans nos crèmes, onguents et autres fonds de teint. C'est d'ailleurs ce qui ressort d'une étude menée au Canada et parue en 2011, déplorant les concentrations trop importantes d'arsenic, de nickel ou encore de plomb dans des fonds de teint, mascaras, cache cernes, poudres, rouges ou brillants à lèvres.4 Et l'affaire n'est pas nouvelle puisque l'affaire du rouge végétal en 1775 avait déjà mené le chimiste Laurent-Antoine de Lavoisier à rédiger un "Rapport sur le rouge végétal", ce produit contenant alors du plomb et du mercure.5 C'est à se demander parfois si nos fabricants de cosmétiques ne sont pas ces charlatans dont parlait Brunet. Alors, lorsque vous choisissez vos cosmétiques, faites le tri entre le bon grain et l'ivraie: LISEZ LES ETIQUETTES !

 

Lire les étiquettes

       Vous allez me dire, Oumou, pour lire les étiquettes encore faut-il savoir quoi chercher. Vous avez raison ! Quels sont les perturbateurs endocriniens et œstrogènes, les cancérogènes, les perturbateurs thyroïdiens ou encore ceux qui attaquent la spermatogenèse ? 

       L'association Que Choisir a fait le travail pour nous en recensant ici dix-huit produits que l'on retrouve dans les shampooings, les produits de maquillages, de soin du corps, des cheveux, de l'hygiène dentaire, des produits solaires, des déodorants et parfums etc. On compte parmi eux le BHA (butylated hydroxyanisole), le BHT, le Résorcinol, le Sodium lauryl sulfate, le Triclosan etc. Ce site propose une fiche produit pour chacun de ces composants en indiquant sa dangerosité pour les femmes, les femmes enceintes, les enfants et les adolescents. Pour chacun de ces composants, une liste de produits vendus en grandes surfaces par les marques de cosmétique est présente et expose les risques qui y sont liés. Un grand travail qui mérite que l'on s'y attarde.

       Car nombreux sont les produits dangereux pour notre santé et dont l'utilisation dans les produits cosmétiques paraît particulièrement incongrue voir extravagante. On vous présente les meilleurs.

 

1. Les BHT (Butyl Hydroxy Toluène) et les BHA:

       Les BHA et BHT sont des agents de conservation pour le maquillage et les crèmes hydratantes. Ils sont cancérogènes et sont connus comme étant des perturbateurs endocriniens. Il a été constaté que les BHA portent atteinte aux organes reproducteurs des rats. Il faut espérer que nous soyons plus solides que ces petits rongeurs. On retrouve même les BHA dans les chewing-gum! A ce-jour le BHA a normalement été remplacé par le BHT, car trop toxique. Sauf qu'il est soupçonné d'être un perturbateur endocrinien.

       Peu coûteux, vous retrouvez le BHT dans les sérums huileux, les savons surgras, les sticks de rouge à lèvre, les démaquillants, les produits solaires et la liste est encore longue. Il n'a aucun intérêt cosmétique en tant que tel. Il sert simplement à conserver les produits cosmétiques de l'oxydation liée à l'exposition du produit à l'air.

       Et pour éviter que nos produits ne changent de couleur ou d'odeur nous prenons le risque, à forte dose, de porter atteinte à notre système immunitaire, à notre thyroïde, à notre foie etc. sans parler des échanges qui se font entre la mère et le fœtus. Son application sur la peau des rats aurait même révélé des conséquences sur leur tissu pulmonaire. Alors, tout est une question de dosage. Certains scientifiques disent que son dosage dans les produits cosmétiques est suffisamment faible pour ne pas être dangereux. D'autres disent que l'absence de caractère cancérogène n'a pas été démontré. Cela ressemble fort aux débats qui ont eu lieu à propos du Roundup, du tabac, de l'amiante et d'autres glorieux produits. Alors, à l'heure actuelle, la substance n'est pas considérée comme nocive aux doses que l'on retrouve dans nos produits. On pourrait donc se l'appliquer tranquillement, comme avant avec le BHA.

       Son nom INCI (International Nomenclature of Cosmetics Ingredients) est BHT.

 

2. Dioxyde de silicium et dioxyde de titane:

       Le dioxyde de silicium, utilisé comme anti-agglomérant, peut être produit sous forme de nano-particules. De même que le dioxyde de titane qui permet de pigmenter et de blanchir. Ils sont présents dans nos produits de beauté et même dans nos assiettes pour améliorer la brillance des couleurs, éviter que le sucre en poudre ne s'agglomère ou encore pour améliorer la tenue globale des produits.

        Le dioxyde de silicium a fait son entrée dans nos assiette dans les années 1970 sous le numéro E551 et passait pour parfaitement inoffensif jusqu'à ce qu'un programme national de recherche suisse démarré en 2009 sous le nom "Opportunité et risques des nanomatériaux (PNR64), ne vienne tout chambouler. Il semblerait en effet que ces nanoparticules qui, jusque-là, passaient pour être parfaitement inertes, stimulaient les cellules dendritiques de l'intestin lorsqu'elles entraient en contact avec ces dernières. L'ennui, c'est que ces cellules au nom un peu barbare, ont un rôle majeur pour le système immunitaire de l'intestin. Je ne vais pas écrire que ces cellules tirent leurs noms des dendrites qu'elles présentent sur leur cytoplasme. Faisons simple, ce sont des fonctionnaires aux frontières de notre tube digestif. En clair, elles décident de qui entre dans notre corps et de qui reste dans notre intestin. L'entrée en contact de ces nanoparticules avec nos gardes barrières créerait une inflammation. Les scientifiques pensent avoir là une explication de l'accroissement des inflammations du côlon chez les personnes consommant des repas prêts à l'emploi. Dans le même temps, ils nous invitent à ne pas céder à la panique, ce ne seraient pas les seuls responsables de cette inflammation, loin de là.

       Son nom INCI est Silica.

       Le dioxyde de titane, quand à lui, est un composant présent dans beaucoup de produits comme les crèmes solaires, les dentifrices, les cosmétiques. Jusqu'au 1er janvier 2020, on le retrouvait même présent dans des aliments comme les bonbons, faisant des enfants les plus grands consommateurs de ces nano-particules. Néanmoins, il n'a été arrêté dans la nourriture que pour une durée d'un an, renouvelée d'une année le 23 décembre 2020 par arrêté, à l'exception de son utilisation dans les médicaments et dans... le dentifrice ! (car on n'avale pas le dentifrice, sauf votre enfant de deux ans, trois voire quatre ans pour les amoureux du parfum BubbleGum). Il est toujours bien présent dans nos cosmétiques et vous pouvez le trouver sur la liste des ingrédients (quand il y est référencé) sous l'appellation "Titanium dioxyde [nano]". La réglementation imposant son inscription dans les composants étant un peu floue, il ne figure pas toujours sur les contenants... En 2019, plus de 10 000 tonnes de dioxyde de titane étaient produites ou importées en France, selon l'ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail). Son numéro est le E171. Bien étudié sur l'animal, le dioxyde de titane s'est révélé cancérogène après une exposition par inhalation. Chez nous, les humains, les tests n'ayant pas été menés on va dire qu'on n'en sait rien.

       Son nom INCI est Titanium dioxyde

 

3. Le Triclosan:

       Agent antibactérien également connu pour ses propriétés antiviral ou encore antifongique, il est présent dans des produits permettant de lutter contre l'acné mais également dans des savons, des rince-bouche, des dentifrices, des crèmes à raser, des produits démaquillants etc. Il est désigné comme étant l'un des responsables de la résistance des bactéries aux antibiotiques.

       Il est un perturbateur endocrinien et il impacterait également le fonctionnement de la thyroïde et du muscle cardiaque. Au surplus, ses composés chimiques seraient cancérigènes. Il a la particularité de s'accumuler dans l'organisme et il se retrouve tant dans le sang que dans les urines et surtout, dans le lait maternel. On le retrouve dans le dentifrice, notamment le Colgate Total. Néanmoins, la société Colgate souligne sur son site  que son dentifrice est le seul à avoir été "approuvé comme étant sûr et efficace par la FDA via son rigoureux processus d'homologation des nouveaux médicaments". Vous pouvez donc en avaler tranquillement, il n'y aurait pas de risques... sauf pour les bactéries.

       Les scientifiques l'ont classé, de part son efficacité, dans la catégorie des bactéricides à large spectre, c'est-à-dire ceux capables de lutter contre un grand nombre de germes. Son usage un peu trop démocratisé a placé les projecteurs sur sa petite personne comme étant responsable de la multirésistance de nos bactéries. Une réglementation européenne6 en a finalement interdit l'utilisation en dehors des dentifrices, des savons pour les mains, pour le corps, des déodorants, des poudres pour le visage, des fonds de teint, des produits pour les ongles dès lors que sa concentration n'excède pas 0,3%.

       Nous n'en n'avons donc pas encore fini avec ce produit, donc méfiance.

 

4. Les huiles minérales et les hydrocarbures de synthèse

       Le nom d'huiles minérales est de nature à induire en erreur. Il nous rappelle l'eau de sources des Pyrénées ou des Alpes, le grand air, les paysages de neige et de torrents. C'est tout à fait l'inverse dans la réalité. Les huiles minérales sont extraites du pétrole par raffinage. Elles sont prisées des industriels pour leur coût peu élevé. Elles proviennent du pétrole brut, du charbon, du gaz naturel ou encore de la biomasse et sont tout autant utilisées comme lubrifiant pour moteurs dans l'industrie mécanique que comme émollient dans l'industrie cosmétique. Messieurs, vous prendrez bien un peu de crème anti-rides de votre femme pour en appliquer sur les pistons de votre véhicule ?

 

       Plus sérieusement, leur fonction est multiple. Elle peut être de créer un film sur notre peau pour la garder artificiellement hydratée. Elle peut réduire l'électricité statique ou être un émollient en adoucissant la peau. Les huiles minérales n'améliorent pas le fonctionnement de la peau, son auto-régulation si vous préférez. Dès lors que vous n'appliquez plus votre crème, votre peau s'assèche à son rythme habituel. Pire, l'application de crèmes à base d'huiles minérales bouche les pores avec pour conséquence, selon votre type de peau, de favoriser l'apparition de comédons.

 

       Pour les repérer sur les étiquettes, il faut s'en remettre à leur nom INCI (International Nomenclature of Cosmetics Ingredients). En l'espèce, les huiles minérales s'appellent :

Petrolatum jelly (gelée de pétrole),

Petrolatum,

Polyisobutylène (caoutchouc butyle),

Ceresin,

Ozokerite,

Paraffin,

Mineral oil,

Synthetic wax,

Cera microcristallina (cire microcristalline),

Paraffinum liquidum (paraffine liquide)

A ceux-là, on ajoute tous ceux comprenant les mots "methicone" ou "siloxane"

       Présents des rouges à lèvres et baumes à lèvres jusqu'aux soins pour bébé en passant par les crèmes visages, les huiles minérales se retrouvent partout alors qu'elles pourraient laisser la place à des huiles végétales qui, par contre, sont plus onéreuses à la production.

       Ces produits, particulièrement les hydrocarbures saturés d'huile minérale (MOSH) et les hydrocarbures aromatiques d'huiles minérales (MOAH) sont considérés comme ne devant pas être ingérés du fait de leur toxicité et se retrouvent tout de même sur nos rouge à lèvres. L'ennui c'est que les lèvres se trouvent à l'entrée de la bouche et que la bouche est le point d'entré qui mène à l'estomac. Un enfant de trois ans comprend le concept. Les fabricants de cosmétiques tentent de ne pas le saisir. Une partie des composés des huiles minérales pourraient éventuellement, sous condition d'absorption (ce qui n'est pas extrêmement rare lorsque l'on se tartine des choses sur les lèvres...) s'accumuler dans l'organisme, plus précisément dans les ganglions lymphatiques et le foie. L'association Que choisir nous dit "qu'une étude sur 37 sujets menée en 2014 a montré qu'un quart d'entre eux en hébergeaient plus de 5 grammes !".

 

5. Les micro-billes de plastiques

       Une note positive pour terminer. Les fameuses micro-billes de plastiques que l'on retrouvait dans nos produits cosmétiques comme exfoliants puis qui se retrouvaient dans nos cours d'eau, nos océans et dans l'estomac des poissons, sont interdites d'utilisation depuis la loi Biodiversité du 20 juillet 2016 avec application pour janvier 2020. Normalement, quatre années ont dû être suffisantes pour les bannir de nos produits et les remplacer par autre chose...

 

       Elles ont été au cœur d'un débat ardent entre médias et fabricants. Les premiers les accusant :

- de ne pas être traitées par les stations d'épuration,

- d'être avalées par les poissons eux-mêmes mangés dans nos repas,

- d'être des perturbateurs endocriniens.

 

       Pour une fois les seconds ont rapidement pris le taureau par les cornes et, dès 2012, les industriels de la cosmétique ont fait baisser de 82% leur usage dans les produits cosmétiques. Le vent était effectivement en train de tourner. Les institutions se sont saisies du sujet dans le monde entier. Des Etats-Unis à l'Europe en passant par les Nations-Unies, c'est-à-dire de législations en déclarations d'intention, une réglementation draconienne s'est mise en place en 2018. En France, les plastiques solides inférieurs à 5 mm, à l'exclusion des particules d'origine naturelle biodégradables sont interdites tandis que Taïwan interdit également les matériaux biodégradables. Les coréens, les néo-zélandais et les australiens vont encore plus loin en interdisant tout composant cosmétique micro plastique.

 

       Il semblerait donc que nous ne soyons pas condamnées nous, les femmes coquettes, à nous retrouver en chimio dans les années qui viennent, faisant de nos hôpitaux les réunions Tuperware de la cosmétique.

 

Oumou, The Black Cherry

1Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.

2Nouveau guide dans Boulogne-sur-Mer et ses environs, J. Brunet, édition La librairie française et étrangère de Watel, 2ème édition, 1841, p.95-97.

3 Mémoires de la société impériale des sciences de l'agriculture et des arts de Lille, IIème série, 2ème volume, 1855, p.298-299, entrée G. Atropa.

Ibid, p.306-307, entrée Lavande.

Ibid, p.371, entrée Carthame.

4https://www.protegez-vous.ca/nouvelles/sante-et-alimentation/des-metaux-lourds-dans-les-produits-de-maquillage.

5 https://www.pourlascience.fr/sr/les-affaires-de-la-science/laffaire-du-rouge-vegetal-3700.php

6Règlement UE n°358/2014, 09 avril 2014


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