Les grandes épopées : Kahina, reine des Aurès – Beautyandblack

Les grandes épopées : Kahina, reine des Aurès

Un doux matin, dans les montagnes de l'Aurès,

Se leva au bel horizon, un soleil sombre ;

Celui qui dénonçait des ennemis en nombre,

A celle que l'on appelait, Devineresse.

 

Un fier conquérant défiait l'Afriqiya,

Comme jadis Rome défit Massinissa

Ouvrant des fosses dans lesquelles l'on glissa

Les corps d'enfants écharpés, criant : Gloria.

 

Ainsi que pour Paul, le ciel aveugla la Reine,

Qui distingua un ange drapé d'un linceul,

Lui déclarer que de juste pas même un seul

Ne marchait au sein de cette armée déforaine

 

La belle prophétesse annonça l'Ibarud,

Puis orchestra les charges de cavalerie

Jusqu'à ce que cette vague plaisanterie

Soit pareille au vol des oiseaux au son de l'Oud :

 

Une danse, une onde, rapide, imprévisible

Mille fois changeante, toujours organisée.

Dans le désert courait cette armée épuisée,

Qui, pour la Tamazgha, sut rester insensible.

 

Les Omeyyades pensaient ce pays de Saints,

Peuplé d'hommes prêts à tendre la joue sans cesse

A celui qui leur fera montre de bassesse.

Son ennemie avait allaité de ses seins :

 

C'est une femme qui allait les affronter.

Un gouverneur venu d'Egypte à Kairouan

Rêva d'un bûcher comme Cochon à Rouen.

Contre Kahina rien n'était à escompter.

 

L'envahisseur entra dans le pays des braves.

La lumière de Baghaï incendié

Éclaira ses pas, pareille à mille alandiers,

Annonçant l'enfer au croassement des craves.

 

Les militaires scrutèrent ces noirs oiseaux,

Corbeaux au bec et aux pattes couleur de sang.

Et déjà de leurs rangs en désertèrent cent.

Leurs chevaux soufflaient des cendres de leurs nasaux.

 

Leurs gonfalons et leurs verts étendards brûlaient.

Les cimeterres rougeoyaient dans leurs fourreaux

Le démon lui-même devenait leur bourreau.

La gorge ardente, les spadassins hululaient.

 

Sur l'Oued Nini arrêtèrent-ils leur marche.

Sur l'autre rive attendaient des fils et des frères

Qui égrenaient jusqu'à la croix de longs rosaires.

Tel Saint-Michel se présenta la matriarche.

 

Elle offrit le pain de la paix aux Omeyyades

Qui crachèrent leur haine sur la chamelière

La croyant n'être pas plus qu'une chambrière.

Dès l'aube, ils attaquèrent au cri de "Djihad".

 

Elle commanda la cavalerie berbère

Et mena la tête de la fantasia.

Aujourd'hui, point d'égorgés ni de razzia

L'arabe trouvait, devant ses yeux, le Cerbère.

 

Autour de l'ennemi, le cercle cantabrique

Fut formé, élevant un rideau de poussière.

Observaient du firmament la manoeuvrière,

Augustin, Apulée, en nuées chimériques.

 

Du haut des cieux voyaient-on briller les adargues,

Flamboyer les flissas, tranchant les chairs impures.

Hassan, qui avait forgé jusqu'aux étampures

Les signes de sa victoire, courait grand-largue

 

La rivière asséchée, imité par sa troupe

Apeurée, qui refluait tel un galion

Ivre sur une houle appelée "talion".

Leur orgueil était tombé de leurs mains d'étoupe.

 

Les chameliers pourchassèrent jusqu'à Gabès

Cette armée mutilée et firent prisonniers

Cent chétifs comme Xanthippe les senteniers.

Jamais Kahina ne sera une arabesse.

 

Jamais la Kahina ne sera une esclave.

L'oriental n'oublia pas Nahr al Bala.

La reine des Aurès mourut au nom d'Allah.

Jamais Alger ne sera ville de Conclave.

 

Le sang du Roi Jugurtha coula de ses veines.

Ses actes guideront la main de Belkacem

Qui, de l'Algérie, sera le nouveau racème,

Prouvant que jamais la résistance n'est vaine.


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