Les grandes épopées : La princesse Yennenga – Beautyandblack

Les grandes épopées : La princesse Yennenga

I

Le Péloponnèse comptait la grande Spartes

Qui de son sein tira le Roi Léonidas.

La Corse la première, entendit Bonaparte

Mais c'est Gambaga qui est l'autre Samothrace.

Dans la case sombre d'un monarque sans fils,

Brûlée par le soleil voltaïque, naquit

Une nouvelle Sekhmet un jour de solstice.

Le Roi la prit dans ses bras, en père conquis.

La Reine Napoko et le Moro Naba

Appelèrent cette élégante enfant Poko,

Princesse et fille du royaume Dagomba.

Son premier souffle dit-on, fut le Sirocco.

Très vite ses pairs prévirent que l'on façonne

Son esprit à la servitude dévouée.

Noble sujétion dit-on, qui emprisonne

L'épouse blessée pour en faire une écrouée

A perpétuité. Poko, inconvenante,

Refusa qu'on lui échafaude ces remparts

De non-sens, et rejeta toute idée navrante.

Les conseillers, avec ce ton dont se parent

Les vaniteux, sollicitèrent l'intervention royale.

Poko, de loin la préférée du suzerain,

N'aurait pas contredit la parole sacrale.

Le Roi savait dédire ses contemporains.

Il convia sa jeune fille et l'entretint

Des charges inhérentes à son noble rang.

Pour convaincre les vieux conseillers puritains

Que par la couronne pas un nouveau courant

N'irriguerait l'esprit des femmes du pays

La jeune fille dut jurer qu'elle serait

Apte à affronter toutes les intempéries,

A parcourir tous les déserts, tous les marais,

A subir, pour assurer son impéritie,

Non pas que l’équitation mais l’exercice

Du maniement des armes du guerrier Mossi.

Par amour des palefrois, chevaux d’armistice,

Poko était prête à monter les destriers

Des sanglantes compagnies de cavalerie.

Ainsi dès l’aube, juchée sur ses étriers,

Tirait-elle jusqu’à midi des banderilles

Et des flèches avant de percer à la lance,

Et jusqu’au crépuscule, des sacs de Sorgho

Qui figuraient des guerriers aux bedaines rances.

Quand venait la nuit, sur le sol dormait Poko.

 

II

Le corps aguerri par sa grande discipline,

La raison affûtée par l'observation

Poko annonça à son père, sibylline

Qu'elle combattra avec exaltation.

Le monarque comprit lorsque, venant du Nord,

Pénétrèrent le royaume des chevaliers

Songhaï qui l'appelèrent Roi Matamore.

Il somma ardemment ces guerriers frontaliers,

De regagner leur contrée malgré les rapines.

Un vertueux Seigneur sait pardonner l'erreur.

Mais avança dans le pays comme une épine

Tétanique ce jeune bataillon trompeur.

Le Roi sonna le rappel de toutes ses troupes,

Monta sur son rosse noir qu'il appelait Fiel

Et à tous, hurlant aux enfers, frappant la croupe

De son cheval de guerre il leur montra le ciel

Rougeoyant. Il leva son bouclier de fer

Et de bois. Il parcouru cette compagnie

D'un regard incendiaire, quelque fois fier

Car parmi ces hommes valeureux se joignit,

Non sans crainte, la belle princesse Poko.

Le Roi guida sa fidèle armée jusq'aux marches

De l'Etat dans un tohu-bohu, un chao

Qui fit arriver ce contingent sans panache.

Les armes lourdes, le dos voûté de fatigue,

La grande armée fut engagée de tous côtés.

Encerclée, regroupée, on ne fit plus que digue

Pour protéger le monarque avec loyauté.

Alors que se dessinaient les traits du servage

Sur le visage épouvanté des encerclés,

Un puissant destrier blanc ouvrit un passage

Avec la puissance d'une rivière embâclée.

Une cavalière s'extirpant du Shéol

Chargea seule les démons qui les menaçait.

Le soleil lui-même nimba d'une auréole

Cette impétueuse femme qui terrassait

L'aile, maintenant tremblante, de cette armée

de damnés. Flèche après flèche elle anéantit

Les assauts de ces belligérants consternés,

Qui voyaient les coups inouïs d'une furie,

Empaler leur sombre victoire sur sa lance.

Comme un seul homme le bataillon tout entier

Suivit sa Capitaine dans la violence

De l'affrontement. Ici des estropiés,

Là des éborgnés, gémissaient ensanglantés.

Les maraudeurs battaient sourdement la retraite.

Les Mossis approchèrent cette étrangeté

Qui avait prévenu le peuple d'une traite

Et ces vertueux soldats posèrent en terre

Un genou de prosternation. On conta

Qu'après cette remarquable action de guerre

Poko fut appelée la Princesse Yennenga.

 

III

Le Moro Naba voulut sa fille à sa suite

Mais la princesse songeait à se marier.

A chaque fois que son altesse fut séduite

Le Roi refusa les cola des grands guerriers.

Yennenga, qui était une femme subtile,

Arpenta ​les jardins du palais de son père.

Elle y découvrit une parcelle fertile,

L'ensemença avec une main de vipère,

Et laissa pourrir la récolte de Gombo.

L'accès interdit, même aux fermiers affamés,

Fâcha les simples à chaque nouveau tombeau.

Le Roi, qui souffrait de ne plus être acclamé,

S'enquit des raisons de ces protestations.

Au nom de sa fille, le seigneur se roidit.

Elle l'instruisit que bridant ses passions

Son corps serait bientôt ce champ affadi.

Enragé de recevoir ainsi la leçon

Il se prononça sans délai contre l’impie,

Tempêtant devant ses sujets que ces façons

Insolentes étaient celles d'une harpie.

C'est ainsi qu'à la suite de ce camouflet

Il requit qu'on la jetasse dans une fosse,

Le corps battu d’un fouet, des fers aux mollets.

Un soldat jugea cette accusation fausse

Et vint de nuit désenchaîner sa Capitaine.

Yennenga, insolente, chercha sa monture

Dans les écuries royales. Une centaine

De lieux furent parcourus lorsque l’aventure

S’acheva bêtement par un embourbement.

La princesse demanda l’hospitalité

A Rialé le chasseur, jeune homme charmant

Auquel elle cacha sa haute qualité.

Rialé, avec ce sens de la destinée

Qu'ont certains de ces héritiers mal financés,

Ne douta pas qu'il lui était prédestiné

Et préféra lui offrir de le fiancer.

De leur union naquit Ouédraogo, l’enfant

Que Yennenga chargea de rencontrer son grand-père.

Au Dagomba, le roi priait pour qu'un infant

Paraisse, rayonnant, au milieu de ses pairs

Lorsqu'apparut le prince, la Reine en émoi,

Le Roi enjoué, reçurent en dignitaire

Cet enfant de princes. Partout on fit le choix

De garantir à la princesse héréditaire

La jouissance d’un royaume à sa mesure.

Le jeune garçon rentra chez lui encadré

D’Hommes qui chantaient sur toute la tessiture

La renommée de leur Reine idolâtrée.

La légende dit qu’ils fondèrent Morosi

Et que de leur descendance un Capitaine,

Un révolté, connu d'Aklo à Potosi,

Fonda seul un Panafricanisme sans haine.


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