Paraître et perfection : les discriminations du siècle – Beautyandblack

Paraître et perfection : les discriminations du siècle

La question de la beauté ou plus sobrement, du "beau", agite les esprits philosophiques depuis des lustres. De Platon à Schiller en passant par Kant qui estime que "le beau est ce qui plaît universellement et sans concept", la question de cette beauté n'a eu de cesse de revenir sur le devant de la scène intellectuelle. Pourtant, je pourrais reprendre la phrase de Kant et dire que "le beau est une plaie universelle sans concept."

 

Je vous avais parlé, dans l'article sur le petit historique de la cosmétique, de cette tendance de l'esthétique à l'asservissement de son sujet. Eh bien, dans cette quête du beau, hommes et femmes nous semblons courir ensemble derrière des canons de beauté qui nous asservissent plus qu'ils ne nous émancipent. Que dire de cet universel Kantien qui, si l'on lit bien son œuvre, s'arrête à l'homme caucasien ?

 

Je vous avais parlé de la diversité des modes dans le premier article que j'ai cité. Ces modes qui préfèrent des femmes fortes au Mali ou des femmes plateaux en Ethiopie. Ces esthétiques aux mille et une facettes qui font briller l'humanité par sa diversité. Tout cela peut cacher, derrière les pressions culturelles africaines ou européennes, la dictature du paraître. Cette tyrannie, qui n'est en rien nouvelle, prend aujourd'hui une tendance unique qui suit l'uniformisation culturelle mondiale.

 

Comme je l'avais écrit en vous parlant du sourire et de la percée de la mode hollywoodienne, de nouveaux modèles semblent se dessiner devant nous toutes. Une recherche du sublime, de la perfection du trait, par une consommation de produits cosmétiques et de services esthétiques, semblent nous guider. Sommes-nous d'ailleurs vraiment guidées ? Ne sommes-nous pas des consommateurs et consommatrices flottant sur l'océan rhétorique des géants de la cosmétique ? Ballottées sur cette houle l'on nous fait apercevoir nos muses au gré d'un roulis qu'on nous impose.

 

Un jour l'on nous présente le contouring à grand renfort de paillettes puis s'en suit de nouvelles modes que l'on appelle tantôt tantouring tantôt non-touring. Et ces égéries, que nous apercevons tels des mirages dans chaque tempête soufflée par les vents de la mode, disparaissent aussi vite qu'elles sont apparues dans le flot continu de nos médias numériques.

 

Elles ne sont que des opportunités de ventes, des points de mire que nous sommes sensées copier pour atteindre ce que l'on nous a fixé comme le but ultime de la vie terrestre : la beauté. Ce paraître en société qui prend dans notre siècle d'apparence les contours chimériques d'un visage lifté, d'une poitrine retravaillée, d'un ventre liposucé au point que certaines d'entre nous ne sont plus que des œuvres inachevées.

 

C'est là tout notre malaise. Nous sommes des œuvres inachevées, perpétuellement à la recherche de ce qui parfera notre corps, contentera notre égo. Quel égo ? Le nôtre ou celui de celles dont nous nous inspirons et qui nous privent de notre propre idiosyncrasie ? Nous cherchons à ressembler à des chimères qui sans cesse changent de forme dans de nouvelles tendances qui n'ont d'existence que pour la création artificielle d'un nouvel objet mercantile. Devons-nous sombrer devant ces pernicieuses sirènes qui nous appellent de leurs chants à nous écraser sur les rochers de leur économie ?

 

Ne devons-nous pas au contraire résister et juger avec recul les argumentaires qui nous sont constamment présentés devant les yeux ? Combien voyons-nous d'adolescentes et d'adolescents obnubilés par leur apparence et dénuées de toute estime d'elles-mêmes, voyant qu'elles n'arrivent pas à ressembler aux idoles qu'elles adulent ? Nous sommes enserrées par les images, qui occupent toute la place d'un monde numérique qui nous emprisonne. A une époque où le politique n'est plus qu'un représentant du monde industriel, il est de la responsabilité des entrepreneurs de ne pas ériger le paraître en philosophie de vie.

 

Il est nécessaire d'accompagner celles et ceux qui veulent estomper leurs rides, réaliser un beau maquillage ou encore prendre soin de leur peau, sans leur faire croire qu'elles et ils ne sont pas adéquats et qu'une autre apparence doit être recherchée comme un alpha et un oméga. Nous aimons toutes et tous être belles et beaux mais nous devons l'être chacun à notre façon. La course au paraître est une course folle qui n'a pas de but et qui est donc perdue d'avance. Irions-nous prendre le départ d'une course sans savoir où se trouve la ligne d'arrivée ?

 

La génération "impose ton style"

"Impose ton style" semble être le slogan en vogue mais nous ne voyons sortir de cette formule qu'une armée de soldats sans dissemblance. Nos entreprises nous conduisent vers leur phénomène de mode en voulant nous faire croire que nous allons rencontrer là notre style. L'avons-nous déjà sérieusement rencontré ? Avons-nous eu pléthore de choix ? Je ne parle pas là de choix entre des couleurs ou des modèles, je parle de choix entre de véritables types de vêtements, de maquillages, de produits. La réponse est négative.

 

Comment pourrait-elle être autre chose quand il nous faudrait l'esprit du lion dont parlait Nietzsche, l'esprit de celui qui dit "je veux" et non "je dois". L'esprit que seules celles et ceux qui s'en fichent du regard des autres peuvent embrasser. Combien de lions parmi nous qui agiront un jour avec l'innocence d'un enfant pour créer leur propre volonté ? Peu. Soyons-en assurées. Pour la plupart, nous resterons toujours les proies des marketeurs qui nous tendront des crèmes pour maigrir ou pour raffermir notre peau usée.

 

Pour ceux qui suivent ce blog, vous l'aurez compris, cet article est peut-être la quintessence de toutes les recherches que j'ai entreprise pour vous présenter des sujets aussi variés que les sourcils, l'acné ou encore les cheveux crépus et qui m'ont fait passer, au hasard des recherches, sur les crèmes raffermissantes dont l'efficacité semble plus que douteuse ou encore sur les kits de défrisage qui entraînent chez nous, les africaines et les africains une alopécie irréversible.

 

Il y a des produits qui fonctionnent, comme les sérums au rétinol, le niacinamide ou encore les patch anti-rides ou anti-cernes que j'ai moi-même testés. Il y en a d'autres qu'il faut vraiment éviter sauf à aimer être prise ou pris pour un imbécile.

 

La dictature du paraître

Adossé à "la dictature du paraître", les grands communicants ont tôt fait de nous convaincre de la nécessité d'un bien inutile. Le huffington post n'hésite pas à parler du syndrome de Barbie et Ken pour mettre en lumière cette recherche constante de la perfection qui s'étend à tous les domaines de notre vie privée et professionnelle. Le regard des autres sur notre personne semble être l'unité de mesure de notre estime de soi.

 

Et si tout cela n'était qu'illusion ? Vous me répondriez avec raison que, selon l'INSEE, "les femmes obèses ont un taux d'emploi de près de 10 points inférieur à celui des femmes non obèses" et que leur salaire horaire est inférieur à celui des salariés non obèses de 6% à 9%. L'INSEE n'hésite pas à parler de "norme sociale" pour évoquer les écarts de corpulence et met en lumière une distinction importante :

- la norme peut être prescriptive : c'est-à-dire qu'elle impose au groupe une corpulence idéale,

- la norme peut être comportementale : c'est-à-dire qu'elle renvoie à la corpulence moyenne dans un groupe.

 

Il n'y a qu'un pas pour considérer que la norme comportementale soit la norme prescriptive que la dynamique de groupe impose à ses membres mais cela serait trop simple. Les corps qui sont les canons de la beauté occidentale : ventre plat pour les femmes, seins fermes, peau tonique etc., ou corps musculeux et secs pour les hommes, sont bien loin de correspondre à la norme comportementale. Je pense que nous en faisons toutes et tous la constatation en regardant autour de nous.

 

L'apparence physique est pourtant le deuxième critère cité par les chômeurs en matière de discrimination à l'emploi. Et l'on ne parle pas seulement de l'obésité, loin de là, mais de tout élément visible. Ainsi, dans le même document que celui cité précédemment, "avoir un style non conforme aux codes de l'entreprise et le fait d'être obèse font partie des situations les plus pénalisantes" et cela de la même manière qu'être enceinte, avoir un âge supérieur à 55 ans ou souffrir d'une situation de handicap visible !

 

Encore mieux, un graphique que je vous présente ici et qui vient tout droit de ce très bon rapport du défenseur des droits, indique notamment que le refus d'embaucher un candidat à un emploi est acceptable sous condition dans près de 50% des cas en ce qui concerne la coiffure, le maquillage et autour de 60% des cas en ce qui concerne les tatouages visibles et la tenue vestimentaire. L'apparence prend même plus d'importance que l'odeur corporelle ! Voyez plutôt :

Paraître discrimination emploi physique

Pouvons-nous alors jouer les révoltées allez-vous me demander ? Citer Nietzsche, pourquoi pas même Camus, est bien beau et bien aise mais si à la fin du mois l'argent d'un emploi n'est pas au rendez-vous à quoi bon jouer les anticonformistes ? Alors, pouvons-nous négliger les produits cosmétiques ? Non. Mais, faut-il pour autant sombrer dans les excès et croire à toutes les fariboles qui nous sont présentées ? NON PLUS.

 

Alors, plutôt que de chercher à acheter ce qui fait la tendance actuelle, achetons ce qui fonctionne. On ne peut pas vivre de mythes, on ne peut que faire vivre ceux qui les écrivent s'ils parviennent à nous berner.

 

Oumou, The Black Cherry


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