Petit historique de la cosmétique – Beautyandblack

Petit historique de la cosmétique

       Notre vision de l'histoire nous rappelle sans cesse la frise chronologique. Elle veut un commencement et certains hégéliens lui pensent même une fin. En matière de cosmétique, le début de cette histoire sort du cadre des historiens pour embrasser celui des archéologues. Ainsi, à l'endroit de l'ancienne Jéricho (aujourd'hui Tell es-Sultan), les archéologues ont découvert dans la tombe occupée depuis 5000 ans par une aristocrate les composants du Kohl, l'eye-liner de l'époque1. De tous les ouvrages que nous avons pu compiler un élément semble constituer une certitude : "les femmes, à quelque époque, à quelque nation qu'elles appartiennent"2 ont toujours consommé des produits cosmétiques. Le verset 2 Rois 9:30 rapporte que la reine Jézabel se maquilla pour gagner les faveurs de Jéhu, roi d'Israël tandis que Jérémie, verset 4:30, rapporte les paroles de l’Éternel parlant du visage de la fille de Sion comme étant recouvert de fard. Il semblerait donc que la cosmétique marche main dans la main avec la féminité. Elle est la conséquence de la volonté de plaire que certains ministres du culte ont condamnée, préférant les œuvres à l'apparat.3

       Bien qu'on lise dans la plupart des ouvrages que la cosmétique est aussi ancienne que la féminité elle-même, comment être sûr qu'elle ne soit pas née ex nihilo de l'inspiration d'une reine quelconque ? La réponse se trouve dans son universalité. Plus on lit plus on comprend que dresser un historique de la cosmétique est vain. S'orienter vers une anthropologie de la cosmétique semble plus adaptée tant elle enserre toute l'histoire de l'humanité. La cosmétique est présente en tout lieu, en tout temps. On la voit là-bas auprès des femmes de l'Antiquité, ici auprès des soldats de 14 qui achetaient pour leur marraine de guerre des parfums qu'ils appliquaient sur leur papier à lettres4. L'obsession de plaire trouvait sa consécration dans les traits d'Anne de Poitiers, maîtresse d'Henri II, dont Brantôme disait qu'il l'avait vue "à l'âge de soixante-dix ans, aussi belle et fraîche qu'à l'âge de trente ans." Il rapporte qu'elle utilisait tous les matins du lait opalin et de la lotion5. Nous sommes là en 1566.

       Les ingrédients utilisés pour les cosmétiques sont donc également multiples. En Europe, la lavande a depuis longtemps fait l'objet de parfums par l'adjonction de camphre et d'huiles essentielles. En Orient et sur les bords de la Méditerranée, le Carthame officinal, appelé vulgairement safran bâtard, était utilisé par les anciens comme couleur rouge dans le cadre d'un cosmétique appelé "rouge végétal". L'on dit que les femmes arabes en faisaient leur fard et l'appelaient "Gartam", qui est devenu Carthame en français. Un autre indice de l'universalité de la cosmétique repose dans la répartition de ses fabricants. Ainsi, dans le guide pratique du parfumeur, l'auteur nous informe que l'on comptait, au XIXème siècle, des parfumeries en France (Nîmes, Grasse, Nice), en Algérie (Alger, Blida, Bourafik, Constantine), en Belgique (Anvers, Bruxelles), en Allemagne (Cologne, Leipzig), en Russie (Saint-Pétersbourg, Moscou), en Italie (Florence, Padoue, Turin, Naples), en Espagne (Malaga, Barcelone, Tolède), en Scandinavie (Copenhague, Stockholm, Christiana), en Orient (Constantinople, La Mecque, Alep, Jérusalem) ou encore aux Amériques (Montréal, Philadelphie, Rio-Janeiro). Surtout, l'universalité de la cosmétique repose dans la diversité des atours qui font la beauté.

       Dans le tour du monde de l'esthétique on trouve les femmes-girafes, ou femmes à long cou pour ne pas les animaliser, de la tribu des padaung en Birmanie ou celles du peuple des Ndébélés en Afrique du Sud. En Ethiopie chez les Mursi, au Brésil chez les Botokuden et les Kayapo, en Tanzanie et au Mozambique chez les Makonde l'on retrouve le laberet sous forme de disque labial ou de cheville qui orne la lèvre inférieure ou supérieure des hommes ou des femmes selon l'ethnie. Au Sénégal, l'on voit les femmes tatouer leurs gencives ; d'autres en Éthiopie, parmi les Mursi, se scarifier le visage. En Namibie les femmes Himbas se teignent la peau en rouge quant en Afrique de l'Ouest les femmes peuls portent des coiffures aériennes. Au Japon, les Geisha portent les coiffures japonaises mythiques, le maquillage blanc, les yeux noirs et la bouche rouge sang. Chez d'autres l'on dicte le corps. Ainsi, au Mali on aime les rondeurs, jusqu'à parfois gaver de force les jeunes filles.

       Lorsque l'esthétique n'est plus subjective et qu'elle est un élément d'appartenance à une communauté, une ethnie, un peuple, sa pratique peut tendre vers l'assujettissement. La frontière entre liberté esthétique et asservissement à la norme est alors ténue. Concluons simplement en disant que l'esthétique est multiple et que les villes occidentales qui voient marcher en leur sein des femmes porteuses d'écarteurs aux oreilles, de tresses multicolores, de coupe en brosse rose ou bleu, ou qui portent fièrement un crâne rasé, qui montrent leur myriade de piercings en tout endroit sont les porteuses du flambeau de la liberté esthétique. Multiculturelle, mille fois diverse, passionnée, émancipatrice, parfois cruelle et asservissante la cosmétique qui participe à l'esthétique est l'indivisible part de notre humanité.

Oumou, The Black Cherry

1https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2017/12/des-produits-cosmetiques-antiques-decouverts-dans-lancienne-cite-de-jericho.

2La ville lumière, anecdotes et documents historiques, ethnographiques, littéraires, artistiques, commerciaux et encyclopédiques, Paris Direction et Administration, 1909, p.54.

3La Vendée historique et traditionniste, juillet 1909, n°7, p.209-210.

4La guerre mondiale, Bulletin Quotidien illustré, samedi 31 mars 1917, n°763, p.6099.

5Esthétique physiologique et cosmétique moderne, R.M. Gattefossé, librairie des sciences Girardot & Cie, Paris, 1938, p.11.


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1 commentaire

  • Une belle histoire de la beauté cosmétique qui mérite d’être bien connue.

    • Baldé