Tressages, tissages, défrisages : les cheveux crépus en souffrance – Beautyandblack

Tressages, tissages, défrisages : les cheveux crépus en souffrance

 

Femme d'affaire africaine

 

Présenter nos cheveux crépus sous toutes leurs coutures est un sujet épineux. Il peut sembler inoffensif au premier abord mais il cache bien son jeu. Le cheveu crépu est attaché à une couleur de peau et faire son histoire amène à lire des opinions plus sottes les unes que les autres sur ce qu'il est commun d'appeler la négritude. Pour des raisons d'opinion, je vais éviter d'utiliser les mots ayant pour préfixe "nègre" car ils sont tous péjorativement connotés dans l’imaginaire langagier francrophone et donc peu appréciables pour parler d'une population aussi vaste et riche que la population noire, la négritude ne fait d'ailleurs pas exception au jeu du racialisme.

 

Au menu de notre chevelure originale il y a les idées saugrenues des scientifiques du XIXème siècle. Ceux qui avaient eu pour idée de classifier les populations en fonction de leur capillarité. Attendez, nous ne sommes pas au bout de notre peine. C'est Eugène Dally, dans un ouvrage au nom évocateur1, qui revient sur la distinction faite entre les "Léiotriques et les Ulotriques, c'est-à-dire des hommes à cheveux lisses" et "des hommes à cheveux crépus" en mettant en opposition "les races caucasiques, américaines, hyperboréenne, malaise et mongolique (cheveux lisses)" avec "les Cafres, les Ethiopiens et les Mélanésiens (cheveux crépus)". Et ce n'est pas tout, car notre hurluberlu en cite un autre, du nom de Broca, qui intègre une autre dénomination qui est celle de Hottentote. Vous avez tous en tête la "vénus Hottentote", cette femme de l'ethnie des Khoïkoï, exhibée dans les zoos européens du XIXème siècle. Si non, l'article est ici. Cette dépréciation de l'Homme noir qui va jusqu'à l'animalisation trouve son apogée dans un extrait que notre auteur du dimanche prête à un nommé Hoeckel, qui écrit: "Les Ulotriques ne sont pas susceptibles d'une vraie culture cérébrale, d'un haut développement intellectuel, même dans un milieu social favorable comme on l'observe aujourd'hui aux Etats-Unis d'Amérique. Nul peuple aux cheveux crépus n'a eu une véritable histoire." Des propos qui s'insèrent dans les réflexions philosophiques d'un Emmanuel Kant du XVIIIème siècle, qui écrivait dans ses observations sur le sentiment du beau et du sublime2: "Les nègres d'Afrique n'ont reçu de la nature aucun sentiment qui s'élève au-dessus de l'insignifiant. Hume défie qui que ce soit de lui citer un seul exemple d'un nègre qui ait montré des talents, et il soutient que, parmi les milliers de noir qu'on transporte loin de leur pays, et dont un grand nombre ont été mis en liberté, il ne s'en est jamais rencontré un seul qui ait produit quelque chose de grand dans l'art ou dans la science, ou dans quelque autre noble occupation, tandis qu'on voit à chaque instant des blancs s'élever des derniers rangs du peuple et acquérir de la considération dans le monde par des talents éminents. Tant est grande la différence qui sépare ces deux races d'hommes, aussi éloignées l'une de l'autre par les qualités morales que par la couleur. La religion des fétiches, si répandue parmi eux, est une sorte d'idolatrie si misérable et si sotte qu'on ne la croirait pas possible dans la nature humaine. Une plume d'oiseau, une corne de vache, une coquille, ou toute autre chose de ce genre, dès qu'elle a été consacrée par quelques paroles, devient un objet de vénération, et on l'invoque dans les serments. Les noirs sont très-vains, mais à leur manière, et si babillards qu'il faut les séparer à coups de bâton."

Je vous avais prévenu, il faut s'accrocher aux branches quand on s'intéresse à la chevelure crépue, au risque sinon de se retrouver dans la fange de l'histoire des idées. Le seul élément intéressant que l'on retiendra de ces élucubrations d'écervelés, est la distinction entre les cheveux lisses (donc droits), ondés (à longues courbes ondulées), bouclés (formant des anneaux souvent incomplets), frisés (formant des anneaux devenant toujours plus petits), laineux (des anneaux de plus en plus petits qui s'entortillent avec les anneaux voisins) qui est en fait la forme crépue. Maintenant que je vous ai fait un tour d'horizon rapide de la conception du cheveu crépu dans le monde scientifique d'avant Martin Luther King, l'on peut s'attaquer à la question qui peut-être vous hante et qui, je vous rassure tout de suite, ne présume pas de notre intelligence. La preuve, Kant était un imbécile et avait pourtant les cheveux lisses.

 

Pourquoi avons-nous les cheveux crépus ?

Pourquoi avons-nous les cheveux crépus ? Telle est la question que beaucoup d'entre nous se posent devant la difficulté que nous avons à les entretenir. Pourquoi d'autres, comme les européens ont des cheveux lisses ou bouclés ? Comme pour la couleur de peau qui lui est liée, tout se concentre dans un seul concept : l'adaptation. Nous, les humains aux cheveux crépus, avons des cheveux adaptés à l'ensoleillement de nos régions d'origine, à savoir l'Afrique, l'Asie ou encore l'Australie. Les européens, les indiens, les américains, qui ont la peau plus ou moins dépigmentée et les cheveux lisses, se sont adaptés au faible degré d'ensoleillement de leurs régions, c'est-à-dire l'Europe, la Russie, une partie de l'Asie ou des Amériques. La peau faiblement pigmentée, voire blanche, et le cuir chevelu moins exposé au soleil, permettent une meilleure absorption de la Vitamine D et évite ainsi le rachitisme. Pour vous donner une idée du temps nécessaire à une si grande adaptation, les africains qui ont colonisé l'Europe il y a 40 000 ans ne sont devenus blancs qu'il y a 6 000 ans. Alors, je le dis pour les africains blancs et les européens noirs : notre adaptation n'est pas pour demain même si une dérive génétique est toujours possible. C'est d'ailleurs Les ateliers crépus qui nous en parle au sujet des marins Bretons installés aux Saintes (en Guadeloupe) et qui ont foncé avec les génération et ont développé un cheveu plus frisé. Alors, si vous pensez que vos descendants seront noirs en Europe, ou Blancs en Afrique, commencez à douter car votre corps s'en fiche des questions raciales inutiles. Lui, tout ce qu'il veut, c'est s'adapter.

 

En tous les cas, si vous avez une peau fortement pigmentée, comme les Maliens ou les Soudanais, ne vous posez plus de question quant à savoir pour quelle raison vous êtes fatiguées en hiver dans les pays où le type caucasien est le plus adapté : votre corps manque de vitamine D. Pour les Finlandais ou les Russes qui demeurez en Afrique, ne cherchez plus à savoir pourquoi votre bronzage n'est pas suffisant pour vous protéger du soleil : vous n'êtes pas adaptés. Comme le rappelait très bien Libération, nos cheveux crépus ou nos cheveux lisses ne dépendent pas d'une question de race car ce concept n'existe pas scientifiquement. Il ne dépend que d'une adaptation des Hommes, par succession des générations, aux conditions environnementales dans lesquelles ils évoluent. Dès lors, voir Rembrandt avec les cheveux crépus dans son autoportrait "Rembrandt aux cheveux crépus", paraît bien moins extravaguant que cela ne pouvait le laisser penser au premier abord. Car, génétiquement, il ne manquait à notre ami Rembrandt que deux gènes pour avoir la peau noire et le cheveu crépu : SLC24A5 et SLC45A2. On pourrait dire, par ironie, que l'Homme dépigmenté est diminué de deux gènes par rapport à l'Homme pigmenté mais on ne le fera pas pour ne pas être aussi idiot que les sommités que nous avons citées plus haut. Nous, les ami-e-s, nous savons qu'il s'agit d'adaptation et qu'au final on est tous les descendants d'une même communauté d'humains. On a juste oublié notre histoire en chemin.

 

Pourquoi nos cheveux crépus nous protègent-ils mieux du soleil mais sont-ils si fragiles ?

Maintenant, il s'agit de savoir pour quelle raison nos cheveux crépus sont plus adaptés pour nous protéger des trop forts ensoleillements. Pour cela, décrivons notre chevelure en bataille avec l'aide du docteur en pharmacie Nlela-Maria Yebga Hot et de sa thèse sur les alopécies traumatiques cosmétiques chez les femmes ayant des origines africaines, présentée à l'université de Toulouse en 2015.

Le cheveu crépu se distingue des autres par le fait que la tige capillaire est de forme hélicoïdale et spiralée. Cette forme a pour origine, d'après la docteure en pharmacie Yebga Hot "une asymétrie de certains éléments du follicule pileux". Le cheveu africain est elliptique, c'est-à-dire qu'il tourne sur lui-même. Son diamètre n'est pas égal sur toute sa longueur. Il a donc une tendance naturelle à s'entortiller ce qui a pour conséquence de donner aux cheveux un aspect crépu. Ces parties présentant un diamètre plus petit sont également à l'origine de la fragilité des cheveux africains. Nous reparlerons de cette fragilité un peu plus loin. Sa forme est ovale et la tige pilaire présente un nombre important de replis. Ce sont ces mêmes replis qui rendent le peignage de nos cheveux extrêmement délicat. La fragilité du cheveu liée à son peignage entraîne des cassures dont nous reparlerons également plus tard. Une étude menée par N.P. Khumalo, professeure et directrice du centre de recherche sur les cheveux et la peau (H.S.R.) de l'université du Cap en Afrique du Sud, et son équipe, a permis de mettre en lumière la présence importante de nœuds (16,5%) dans la chevelure africaine contre une quasi absence chez les caucasiens et les asiatiques causant l'effilochement de la cuticule, avec pour conséquence une exposition du cortex. Enfin, et j'en finirai pour les points négatifs : notre cheveux est moins hydraté, du fait de sa forme, que les cheveux caucasiens ou asiatiques. Néanmoins, n'allons pas croire que le cheveu africain n'a que des défauts. Au contraire, il est touché par le blanchiment (canitie de son nom scientifique) bien plus tard que chez les asiatiques (fin de la trentaine) et que chez les caucasiens (34 ans) puisqu'il ne commence à blanchir que vers l'âge de 44 ans. Autre point pouvant être un avantage : sa vitesse de pousse. Nos cheveux africains poussent moins vite que les cheveux caucasiens, soit 256 micromètres par jour contre 396 micromètres par jour pour les caucasiens. La croissance capillaire la plus rapide restant aux asiatiques. Enfin, cette forme de cheveux permet de mieux protéger nos têtes des rayons du soleil, de mieux laisser passer l'air du fait de sa faible densité et d'ainsi nous éviter des insolations. Nos cheveux sont donc adaptés aux climats tropicaux.

 

Voici le fond du problème pour nos cheveux crépus, particulièrement en Europe. Je pense que vous l'avez vu comme moi, mais les conditions climatiques dont l'hygrométrie, mais aussi la qualité de l'eau avec laquelle nous nous lavons (plus ou moins calcaire selon les régions de France et d'Europe), nous abîment les cheveux d'une façon que nous ne connaissions pas dans nos régions d'origine. A la vue, la chevelure crépue semble plus dense et plus volumineuse qu'une chevelure caucasienne alors qu'elle l'est bien moins que cette dernière. Pour vous éclairer, je reprends les données fournies ici qui indiquent que les asiatiques possèdent les cheveux les plus épais, les plus résistants (casse sous un poids de 100 grammes) mais les moins denses (environ 170 cheveux par centimètres carré), les caucasiens les cheveux les plus denses (200 à 300 cheveux par centimètre carré) et moyennement résistants (casse sous un poids de 80 grammes) tandis que les cheveux africains sont les plus fins et les plus fragiles (casse sous un poids de 60 grammes) avec une densité de seulement 190 cheveux environ au centimètre carré. En plus, l'implantation du cheveu africain est la plus basse de toute avec une implantation à 2,5mm dans le cuir chevelu contre 4mm pour les caucasiens et, accrochez-vous bien, 7mm pour les asiatiques. Vous comprenez maintenant pourquoi les cheveux africains sont des cheveux fragiles, qu'il nous faut entretenir convenablement, c'est-à-dire sans produits chimiques qui ont un impact plus grand sur nos cheveux implantés haut ! Ainsi, si l'on se hasarde à prendre aussi maladroitement soin de nos cheveux que les européens dans ces contrées nordiques, on va finir par devoir se raser la tête. Mais alors que faire ?

 

Fuir certains produits cosmétiques !

Les cosmétiques sont, pour certains, bien trop agressifs pour nos cheveux et peuvent nous causer des alopécies. L'alopécie, comme nous l'avions déjà expliqué dans cet article sur les affections du sourcil en évoquant notamment la dysthyroïdie ou encore la trichotillomanie, se définit comme une chute totale ou partielle des cheveux et/ou des poils qui peut être totale ou partielle. Lorsque l'alopécie fait suite à l'utilisation de produits cosmétiques inadaptés l'on parle d'alopécie caustique. Celle-ci peut évoluer vers une perte de cheveux totale. Il faut donc la prendre particulièrement au sérieux.

 

A quoi faire attention allez-vous me demander ? Eh bien, fuyez les pratiques qui tendent à modifier la structure de nos cheveux de manière permanente. C'est bon, vous avez toutes en tête ce à quoi je fais référence ? Le défrisage, exactement. Les défrisants sont des produits très corrosifs qui contiennent encore aujourd'hui de la soude au travers de l'hydroxyde de sodium qui est plus simplement appelé... soude caustique. Vous faites le rapprochement ? Alopécie caustique - soude caustique.

 

J'entends déjà les aficionados du défrisage me dire qu'il y a des produits sans soude. Effectivement, ceux avec du carbonate de guanidine et de l'hydroxyde de calcium. Certes, l'on passe d'un pH de 14 pour la soude caustique à un pH de 11.7 pour le carbonate de guanidine et 12.4 pour l'hydroxyde de calcium. Mais, quand on sait qu'une solution neutre a un pH de 7 et que l'échelle s’établit de 0 (solution très acide) à 14 (solution très alcaline), on ne peut pas s'étonner que ces produits restent corrosifs et irritants. Alors, qu'il s'agisse des "lye relaxer", autrement dit les défrisants contenant de la soude ou des "no-lye relaxers", autrement dit les produits sans soude, il vaut mieux ne pas les mettre dans son panier de course et encore moins se les tartiner sur le cuir chevelu.

 

Ces solutions ont pour conséquence de transformer structurellement le cheveu en s'attaquant à la kératine. Ils vont ainsi perdre en force alors que, je le rappelle, nos cheveux ne sont déjà pas connus pour leur force. Cette fragilisation provient, outre de la dégradation de la kératine, d'une baisse de la concentration de cystine dans nos cheveux directement liée à l'utilisation des produits défrisants.

 

Le temps de pose en dit long sur la dangerosité du produit. Les 20 minutes maximum pour un défrisage normal peuvent déjà nous interroger. Les messages postés sur les forums par des hommes et des femmes qui se sont brûlés le cuir chevelu en laissant le produit trop longtemps voire en respectant les délais mais en ne le supportant pas son légion. On en trouve ici, ici ou encore dans cette histoire, rapportée dans le journal Midi Libre d'une femme, pourtant coiffeuse, devenue tout simplement chauve après un défrisage. Mieux vaut donc se tourner vers nos coiffures classiques en veillant toutefois à ne pas faire n'importe quoi.

 

Allons-y doucement avec nos coiffures

Tressage fin

Nos coiffures nous paraissent souvent être sans conséquence sur nos cheveux voir même être un allié de taille, ce qui est vrai. Néanmoins, certaines de nos pratiques quotidiennes sont dangereuses lorsqu'elles sont mal réalisées. Pire encore, combien d'entre nous ont déjà augmenté leur nombre de coiffure en constatant une augmentation de la perte de leurs cheveux et cela pour les protéger ? Si ce réflexe est cohérent, attention à ne pas aggraver le problème. Je vous explique tout sur le tressage, le chignon, le peignage et le défrisage.

Le tressage, un exercice délicat

Le tressage, qui est sûrement la coiffure la plus ancienne au monde, puisqu'il a été retrouvé représenté sur deux statues vieilles d'environ 25 000 ans (la Dame de Brassempouy et la Vénus de Willendorf), est un allié de choix dans la protection de nos cheveux. Toutefois, nous ne devons veiller à rester mesurées.

 

Le tressage est directement à l'origine des alopécies de traction dites marginales. Ce sont les pertes de cheveux au niveau du front et des tempes qui sont dues à l'application de tresses fines et serrées. Si elles sont réalisées par nos coiffeuses ou nos cousines ou amies qui sont habiles dans le domaine l'alopécie sera le plus souvent symétrique. Si, au contraire, nous faisons nos tresses nous-mêmes, notre alopécie sera souvent asymétrique car nous avons tendance à exercer, d'une part, une traction plus importante avec notre main forte et, d'autre part, certains cheveux ne seront pas intégrés à la coiffure et ne subiront donc pas de traction.

Le chignon et ses conséquences

Chignon

 

J'ai parlé plus haut de l'alopécie dite marginale. En matière de chignon l'on parle d'alopécie non marginale qui se caractérise par une chute des cheveux dans la région occipitale c'est-à-dire à l'arrière de la tête, l'occiput étant la bosse plus ou moins prononcée que vous pouvez sentir sous vos doigts. La perte des cheveux ne se limite pas à cet endroit et là encore, les tresses y sont pour quelque chose. Les tresses particulièrement serrées et collées le long du crâne finissent par former des bandes dénuées de cheveux.

Le peignage, une pratique particulièrement délicate

Je vous l'ai dit, notre cheveu est très fragile, le peignage est donc une pratique particulièrement délicate. La professeure Khumalo et son équipe ont mené une enquête sur la perte de cheveux après peignage et ont conclu qu'après peignage une chevelure africaine perd 50% de fois plus de cheveux qu'une chevelure caucasienne et jusqu'à 85% plus qu'une chevelure asiatique. Plus intéressant encore, cette étude révèle que seul 35% de ces cheveux ont été arrachés car présentant la racine alors que 75% de ces cheveux ont été cassés suite au peignage.

 

Pour éviter cela, il vaut mieux commencer par démêler ses cheveux, après les avoir humidifiés, avec les doigts. La technique du crêpage, qui consiste à peigner ses cheveux à rebrousse-poil est totalement à proscrire car vous allez abîmer les cuticules voir même dénuder le cheveu de leur présence. Je sais que le crêpage permet de gagner en volume. Donc, si vraiment vous voulez crêper vos cheveux, faites-le prêt de la racine et jamais au niveau des pointes.

 

Les meilleurs peignes à utiliser pour nos cheveux crépus sont, à mon sens, les peignes en corne. Ce sont d'ailleurs ceux que l'on utilise principalement en Afrique et si c'est le cas, ce n'est pas à défaut suite à un manque de plastique. Le peigne en corne glisse bien mieux sur les cheveux que les peignes en plastique. La friction est donc limitée ce qui évite une détérioration du cuticule. De plus, selon beautiful-boucles, le passage dans les cheveux d'un peigne en corne ne produit pas l'électricité statique que peut induire le passage d'un peigne en plastique. Les cheveux ne seront donc pas hérissés.

 

Elle nous conseille d'ailleurs, pour démêler notre chevelure, un peigne à dents écartées d'environ un centimètre. On peut ensuite lisser nos cheveux en utilisant un peigne avec un écartement des dents pouvant descendre à un millimètre et demi. Au niveau de l'entretien d'un peigne en corne, c'est assez simple :

 

- pas de détergeant pour le nettoyer comme les gels douches et les shampooings,

- pas de produits acides,

- éviter les chaleurs excessives donc les chauffages,

- pas d'humidité, donc plutôt dans l'armoire que sur le lavabo, sauf si vous faites parties des gens qui enlèvent les gouttes du lavabo après chaque utilisation. Certains et certaines se reconnaissent.

 

Une alopécie qui découle directement de mes propos précédents sur le peignage et le chignon est l'alopécie engendrée par la traction sur le cheveu. En effet, la répétition de l'arrachage du cheveu suite à une trop grande traction peut amener au développement d'une alopécie chronique. La situation n'est ni nouvelle ni circonscrite à nos cheveux africains. Tant les Groenlandaises que les Japonaises ont connu une alopécie liée à la traction, en l'espèce du fait, pour les premières, des queues de cheval et, pour les secondes, des nattes. A tel point qu'un dermatologue autrichien du nom de R. Trebisch a dénommé l'alopécie liée aux queues de cheval des groenlandaises Alopecia groenlandica. Vous pourrez retrouver cette information dans la Presse médicale, volume 65, partie 2, page 2047, paru en 1957. Autant vous dire que l'information n'est pas nouvelle. Elle est même commentée par Albert Delaunay dans son ouvrage Journal d'un biologiste, non paginé mais présent dans l'article 25 décembre 1957 les bras de Nausicaa (édition Plon, 1959), qui en disait la chose suivante: "Dans une note du 11 décembre et signée de deux initiales, l'auteur [Trebisch] rappelle en premier lieu que la queue de cheval - ou de poney - n'est aucunement une trouvaille de notre Occident. En réalité, c'est la coiffure nationale des Groenlandaises. Nouvelles illusions perdues ! Je le dirai à ma fille qui porte la coiffure en question. Je lui dirai aussi que cette coiffure est, pour la santé, dangereuse. Beaucoup de Groenlandaises, pour avoir malmené leurs cheveux, ont fait une alopécie. Alopecia Groenlandica, tel est le nom que lui a donné le Professeur autrichien : R. Trebisch. Ce qui est grave, c'est qu'elle peut être irréversible. Donc, attention. Le dicton, du reste, doit être vrai qui recommande de ne rien tirer par les cheveux. Pour avoir trop tiré sur les leurs - songez à la beauté des nattes - il est arrivé que des Japonais les ont perdus. Alopecia japonica. Et même des Noires d'Amérique que désolaient leurs cheveux crépus et qui s'acharnaient à les décrépeler..."

 

Les chiffres que nous rapporte la docteure Nlela-Maria Yebga Hot et qui sont tirés de l'étude de la professeure Sud-africaine Khumalo, sont sans appels : l'alopécie de traction concerne 17% des femmes africaines âgées de 6 à 21 ans et 31% en sont sujettes à partir de 18 ans. Pourquoi une telle prévalence dans notre population ? Parce que nous cumulons les mauvaises pratiques. Lorsque nous avons trop tiré sur nos cheveux avec des tresses que la coiffeuse nous a faite trop serrées, une réaction inflammatoire apparaît. Quel est notre premier réflexe ? Utiliser une pommade ou une huile pour nous apaiser. Hélas, il faut savoir que les produits comédogènes (qui favorisent l'apparition de points noirs) aggravent notre cas. Pire encore, si nos tresses sont constituées d'extensions synthétiques allergisantes c'est le tiercé gagnant.

 

Pour savoir si vos huiles sont comédogènes vous pouvez vous référez au site boutiquebio.fr qui a établi une liste d'huiles avec leur indice comédogène, 0 signifiant non comédogène et 5 très comédogène. Ainsi, le beurre de karité est noté 0, l'huile de ricin 1, l'huile d'olive 2, l'huile de coton 3, l'huile de coco 4 ou encore l'huile de germe de blé 5 parmi 42 autres huiles. Attention là encore. Comme rappelé sur ce site, une huile peut devenir comédogène par oxydation. L'oxydation est liée aux conditions de stockage. Plus une huile est exposée à la lumière, à la chaleur ou à l'air, plus elle s'oxyde. Boutiquebio.fr note la sensibilité à l'oxydation de chaque huile de A (peu sensible) à C (très sensible). Ainsi, le beurre de karité est peu sensible à l'oxydation alors que l'huile de chanvre ou l'huile de Carthame y sont très sensibles.

 

A ce stade, l'alopécie qui se forme par la traction est visible par l'apparition de pustules à la racine des cheveux, par la formation d'un érythème périfolliculaire remarquable sur peau noire par l'hyperpigmentation pouvant virer au gris ou par une hyperkératose (augmentation de la couche cornée de l'épiderme) et une prurit (le symptôme étant la démangeaison). Heureusement, l'alopécie n'est, à ce moment-là, pas encore irréversible.

 

Si la phase de tension se poursuit, les gaines épithéliales sont arrachées du follicule pileux et un duvet poussera à la place du cheveu avant d'être définitivement remplacée par un tissu cicatriciel caractérisant une alopécie cicatricielle. La perte des cheveux est alors irréversible.

Le défrisage, une coutume capillaire dangereuse

Cheveux afro lisses

 

Arrêtons de lire les articles sur internet nous disant comment nous défriser les cheveux. On n'est pas des caucasiennes, on n'a pas les cheveux lisses, point barre ! Le défrisage tue nos cheveux. Il les fait tomber. Ce n'est pas nouveau. On le sait. Alors, à un moment, il va falloir qu'on s'assume tel que l'on ait, c'est-à-dire adaptées à un environnement qui n'est pas celui de l'hémisphère nord et qui donne lieu à une chevelure différente et à une autre beauté que celle de nos cousines européennes et asiatiques. Un article du Monde propose l'interview de d'Aline Tacite, coiffeuse-formatrice à Bagneux et organisatrice du salon-événement Boucles d'Ebènes qui se tient tous les ans à la Cité des Sciences et de l'Industrie. Elle revient sur le risque d'alopécie dès l'âge de 20 ans et qui nous renseigne sur ce que sont les produits de défrisage en vente dans les grandes surfaces : "Le défrisage est le seul produit chimique que l’on trouve en grande surface alors que son pendant, la permanente, est réservé aux professionnels. Ces produits contiennent de la soude, des perturbateurs endocriniens, mais affichent des visages d’enfants sur leurs paquets. Une pause trop longue entraîne des risques de brûlures. Ça passe dans le sang et peut créer des cancers. Ce devrait être interdit pour les enfants et les femmes enceintes. Quand on ne connaît pas les bons produits et techniques, on crée beaucoup de souffrance. Le démêlage se transforme en arrachage. Après le tressage trop serré, des femmes doivent prendre du Doliprane pour supporter le mal de tête. Le poids des mèches peut aussi entraîner des alopécies. Beaucoup de femmes noires se cachent sous des perruques et tissages, mais quand le cuir chevelu ne respire pas cela peut causer des mycoses."

 

Les données scientifiques sur le sujet ont été apportés par la professeure Khumalo et son équipe dans une étude réalisée en 2008 mettant en lumière que 17.1% des jeunes filles âgées de 6 à 21 ans et 31.7% des femmes âgées de 18 à 86 ans, présentaient une alopécie de traction. Cette affection était principalement liée, pour les jeunes filles, aux traitements chimiques qu'elles s'appliquaient pour réaliser leurs coiffures. Parmi les produits nocifs pour nos cheveux il y a notamment la colle utilisée pour faire tenir les tissage. Celle-ci contient du latex à l'origine de dermites de contact qui engendre une chute de cheveux conséquente lors du retrait des extensions. On en a presque toute fait la malheureuse expérience.

 

Alors, à côté du défrisage à proprement parler, on lit des techniques qui seraient moins agressives comme le wave, qui signifie vague en anglais. Qu'est-ce que le wave ? C'est une collection de produits pour les cheveux qui visent à défriser légèrement nos cheveux. Mais, ce "léger" défrisage n'est pas léger car les produits seraient moins nocifs. Il est "léger" car le temps de pose est réduit. On passe de 20 minutes pour un défrisage classique à une application de 5 ou 10 minutes. Autour dire que le risque de fragilisation de nos cheveux est loin d'être négligeable.

 

Avant de vous parler des nouvelles tendances pour nos cheveux, plus respectueuses de notre nature, je fais faire une brève conclusion sur ce que je viens de dire : les nattes serrées pour faire de beaux graphismes sur nos têtes, les chignons également trop serrés, les tissage que l'on se fait toutes, les extensions qui se font avec de la colle, les défrisages via des produits chimiques naturellement caustiques présentent un danger souvent majeur pour nos cheveux au point qu'un nouveau terme a été trouvé par la communauté scientifique pour caractériser certaines alopécies : l'alopécie cosmétique induite chimiquement. Charmant n'est-ce pas ?

 

Alors, il est temps de se prendre en main et de changer nos habitudes, quitte à aller contre nos nouvelles modes et je sais que c'est dur. Au moment où j'écris je porte moi-même des tresses fines formant un graphisme et elles sont venues remplacer des tresses larges qui m'ont faites mal durant deux jours parce que mes cheveux étaient trop tirés. On partage toutes les mêmes pratiques mais il y a des alternatives qui sont tant liées à des changements au niveau de nos coiffures qu'à des changements au niveau des produits que nous utilisons.

Changeons nos coiffures

L'année 2015 est une année riche pour la beauté. Entre essoufflement du Coutouring par la recherche constante des amoureuses du maquillage de développer de nouveaux genres et la naissance d'un mouvement libératoire des femmes africaines par la naissance du natural hair movement aux Etats-Unis, appelé Nappy en France, le premier quart du XXIème siècle semble ouvrir la porte aux révolutions. C'est bien le bon terme, il n'y a pas d'hyperbole là-dessous même si cette révolution peut être une révolution bien moins positive qu'elle n'y paraît.

Le Naturel Hair Movement (Nappy), libération ou perte d'identité ?

Un canon de beauté, vous voyez ce que c'est ? Eh bien le "canon" vient du grec "kanôn" qui désignait à l'époque un instrument de mesure rectiligne. Un canon de beauté, c'est ce qui fut défini par le sculpteur grec Polyclète, 500 ans avant J.C., pour représenter en sculpture un corps parfaitement équilibré. Mais ne croyez pas que ce Monsieur au tempérament probablement présomptueux a fixé un canon de la beauté immuable. Assurément non. Après lui se sont succédées les générations d'ethnies, de peuples, de cultures qui ont enfantées d'artistes qui ont battu en brèche l'idée d'un canon de la beauté bien établi. Comme l'écrivait T.V.H., dans la Nouvelle revue indochinoise, p.343, "le canon de beauté, n'est que fictif. Il a varié et varie encore d'après les savants et les artistes. Depuis les Egyptiens jusqu'aux récents esthéticiens du XXème siècle il y en a au moins une centaine qui sont loin d'être identiques." En effet, le canon de beauté de Polyclète est loin d'être le seul et l'on peut compter avec lui, entre autres, celui de Praxitèle ou celui du docteur et sculpteur Musmeci. T.V.H. vient très justement rappelé qu'"il y a ce fait incontestable que malgré la justesse idéale des proportions du corps, telle personne peut être laide ou manquer de charme et telle autre personne au contraire peut être charmante sans avoir toutes les proportions idéales du corps." Il est donc plus que nécessaire pour nous de prendre nos distances avec les diktats de la beauté.

 

L'un des principaux diktats qui n'est pas qu'inhérent d'ailleurs à la mesure occidentale de la beauté, se retrouve dans nos bouches africaines elles-mêmes et sont portées par des personnes aussi sottes que Jasmine Toliver, une afro-américaine qui a lancé une pétition contre le coiffure naturelle de la fille de Beyoncé et Jay-Z qui était alors âgée de deux ans. L'objet de la pétition ? Inviter les deux stars à coiffer les cheveux de leur fille dont la coupe afro semblait pour certains internautes se rapprocher de l'acte de maltraitance. Si j'en reviens à l'article du Monde que j'ai cité plus haut, c'est parce qu'il nous rappelle que Voici considérait la coupe afro d'Omar Sy comme une coupe qui "frisait le ridicule" quand Solange Knowles était décrite par le magazine Public, en 2015, comme "coiffée comme un dessous de bras, flottant dans des fringues informes, elle ne ressemble plus à rien". Certains n'ont pas hésité à leur rendre la monnaie de leur pièce comme Jennifer Padjemi, journaliste chez BuzzFeed. Mais, attention, il n'est pas certain que les rédacteurs de ces magazines soient des équipes de caucasiens en kilt qui soufflent dans leur cornemuse entre midi et deux ou chassent le cerf le week-end dans la forêt de Fontainebleau. Parce que chez nous aussi, les préjugés concernant nos cheveux laissés au naturel vont bon train ; et il y a une raison à cela.

 

Si le mouvement du natural hair movement a pris ses aises aux Etats-Unis dans les années 2000, ce n'est pas un hasard que cela se soit fait aussi loin de la terre africaine. Parce qu'en Afrique de l'Ouest, porter une coiffure à la Black Panther c'est un coup à se voir reprocher, a minima, une désorganisation capillaire. J'écris "désorganisation capillaire" pour rester polie, parce que cette mode qui existait dans les années 70-80, à l'époque des pattes d'éléphant n'a été qu'une parenthèse qui n'a pas résisté à la fin du XXème siècle. Une coupe sans tresses, sans tissage ou sans nattes, cela frôle aujourd'hui l'hérésie dans nos sociétés bien ordonnées et profondément codifiées. Tout simplement parce que la façon de se coiffer a longtemps représenté une ethnie, un statut social et plus généralement l'appartenance à une communauté. A la vue de la coiffure il n'y avait pas besoin de poser de questions à la personne pour savoir à quelle communauté appartenait l'intéressée, quel était son statut matrimonial ou sa classe sociale. Si vous voulez en savoir plus sur la question, Negronews a rédigé un article qui résume la question ici. Le mouvement du natural hair movement, ou nappy, peut donc être vue comme une libération pour certaines femmes porteuses de cheveux crépus. Particulièrement pour celles qui ont souffert de l'utilisation de produits ou de méthode de coiffage destructrice de leur chevelure. Pour d'autres néanmoins, ce mouvement serait plutôt la marque d'une tendance présente en Europe et aux Etats-Unis qui tend à définir une nouvelle mode pour les hommes et les femmes noirs devenus européens et américains et qui les coupe un peu plus de leurs origines africaines. Alors, naissance d'une nouvelle libération ou marque d'une certaine acculturation par l'oublie du rôle majeur de la coiffure dans nos nombreuses sociétés Ouest-africaines, le natural hair movement semble sonner définitivement le glas de notre diversité esthétique. Il achève peut-être ce qu'avait commencé la colonisation et l'arrivée de la culture occidentale.

Coiffures des femmes Zoulous

Coiffures de femmes Zoulous (Afrique du Sud)

La véritable libération serait, selon moi, dans le port altier de nos coiffures ethniques tant en Afrique ou nos cultures disparaissent au profit d'une mono-culture qui frappe la planète entière, qu'en Europe malgré le fait que de plus en plus ces sociétés prennent conscience de la puissance qu'elles puisent dans la diversité des citoyens qui les forment. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais sentez-vous libre de faire ce que vous voulez de vos cheveux en prenant soin de faire attention aux produits que vous utilisez pour les entretenir. Surtout n'en ayez plus honte. Bien qu'il soit facile d'abonder en ce sens quand on ne cherche pas de travail alors que les études montrent que la discrimination capillaire existe, notamment aux Etats-Unis ou le racisme est structurelle mais également en France ou il est plus latent. Le changement des mentalités sera long mais ne peut pas se faire sans prise de positions radicales. En l'espèce, cet acte est d'autant plus intéressant que, porter ses cheveux au naturel ou arborer une coiffure ethnique, n'est pas une radicalité physiquement violente mais visuellement inconvenante pour certains esprit. C'est donc un bon uppercut dans les représentations qu'ont certaines personnes de notre morphologie. Le même exemple peut être reprit pour ce qui est des discriminations envers les femmes fortes ou les femmes moins attirantes que leurs concurrentes. Sachons secouer la société tout en utilisant des produits plus sains pour nos cheveux.

Coiffure d'une femme Peul (Afrique de l'Ouest)

Coiffure d'une femme Peul (Afrique de l'Ouest)

Utiliser d'autres produits

Je vous ai parlé des risques inhérents à la texture de nos cheveux et à la façon dont nos coiffures peuvent nous affecter en nous menant vers l'alopécie. Je vous ai parlé du mouvement de fond qui veut revenir vers une coiffure naturelle qui marque peut-être la fin définitive de nos coutumes. Mais, nos coiffures actuelles n'ont-elles tout de même pas une utilité ? Au-delà de la coutume qui disparaît même sur le sol africain, au-delà de la volonté vaine de vouloir ressembler à des occidentales aux cheveux lisses, nos tresses n'ont-elle pas un sens ? Celui de protéger nos cheveux. N'avons-nous pas des coiffures protectrices ? Celles qui nous protègent du froid, du temps sec, des frottements de notre bonnet ou de tout ce qui n'est pas adapté à notre chevelure ?

 

Eh bien si, nous avons ces coiffures. Ces tresses qui exaltent notre beauté en tournant autour de notre tête telle une couronne qui fait de nous ces princesses des milles et une nuit. Ces tresses qui tracent sur notre tête des avenues ou des labyrinthes. Mon coiffeur afro nous propose de très jolies tuto ici. Et bien, ces tresses qui protègent nos cheveux de la casse gardent également notre cuir chevelu hydraté. Nos cheveux crépus, entortillés autant que possible, ne sont pas convenablement hydratés du fait de leur forme. Le sébum, dont j'ai parlé dans mon article sur le visage, se déploie mal sur nos cheveux crépus du fait de leur texture. Ils manquent ainsi d'une hydratation nécessaire. Nos coiffures protectrices permettent d'assurer la conservation de cette hydratation en limitant la manipulation de nos cheveux par nos démêlages, lissages successifs ou autres pratiques que nous utilisons régulièrement. Nos cheveux africains, si nous voulons les laisser au naturel, demande une très grand attention et une très grande hydratation.

 

Coiffure protectrice

 

La pharmacienne Nlela-Maria Yebga Hot proposait dans sa thèse le shampooing de la marque Organic Root Stimulator dénommé Creamy Olive Oil Shampoo. Ce serait d'après elle le shampooing le plus utilisé par les femmes ayant les cheveux crépus. De même pour les après shampooings avec l'Anti-dandruff Moisturizing Conditionner de KeraCare. Si vous êtes adepte des crèmes, il faut savoir que celles-ci contiennent souvent des hydrocarbures comme la paraffine ou encore la vaseline. Ces agents ont un fort pouvoir occlusif qui favorise la formation de dépôts sur le cuir chevelu.

 

Lors du lavage de nos cheveux, il est préférable de ne n'utiliser qu'une petite quantité de shampooing. Après le lavage, le séchage doit se faire avec une serviette. Je sais que la mode aujourd'hui est d'une douche par jour avec lavage des cheveux. En réalité, le lavage des cheveux doit se faire une fois par semaine voir une fois toutes les deux semaines en fonction de votre cuir chevelu. Si vous suivez des traitements spécifiques qui demandent un lavage de tête pouvant monter jusqu'à trois fois par semaine, il est vaut mieux appliquer préalablement sur les cheveux des huiles protectrices des tiges pilaires. Autrement les détergents contenus dans les shampooings risquent de porter atteinte à vos cheveux.

 

Une fois le lavage des cheveux effectué et avant de réaliser une coiffure vient l'heure du démêlage. Notre chevelure doit toujours être humide au moment du démêlage. L'humidité permet un passage plus facile du peigne, ce qui limite la casse. L'application d'huiles végétales dans le but de gainer les cheveux peut mener à l'obstruction de l'orifice pilo-sébacé. Elles sont donc à utiliser avec parcimonie et pas directement sur le cuir chevelu. Une fois nos cheveux démêlés, il est temps de les coiffer.

 

On le sait, c'est la partie la plus délicate. Encore une fois, je vais vous dire qu'il convient d'humidifier nos cheveux avant de les trifouiller afin de limiter la casse. Ensuite, c'est la routine habituelle des tissages ou des tressages en se rappelant impérativement qu'il ne faut pas trop tirer sur les cheveux. Rappelez-le à votre coiffeur ou votre coiffeuse. Surtout, si vos cheveux ont été tressés ou tissé trop fort, enlevez-tout et tant pis pour le coût. Mieux vaut garder ses cheveux que de les perdre pour avoir voulu conserver 40 euros d'extensions quand ce n'est pas 300 pour des cheveux naturels.

 

Maintenant que nous avons appris toutes les généralités qu'il y a à savoir sur nos cheveux africains, il est temps de se pencher sur ce qui nous est propre. On va commencer par parler du test de porosité de nos cheveux que nous pouvons toutes faire chez nous.

Connaître la porosité de ses cheveux

Le niveau de porosité indique la capacité de nos cheveux à absorber l'hydratation. On distingue trois taux qui sont :

1. la porosité faible,

2. la porosité normale ou moyenne,

3. la porosité élevée.

 

Le test est facile à réaliser. On prend un verre que l'on remplit d'eau et l'on y met quelques-uns de nos cheveux. Ce n'est pas la peine de les arracher, ceux qui sont déjà tombés feront parfaitement l'affaire. Au bout de cinq minutes, si les cheveux que nous venons de mettre dans le verre restent en surface, cela veut dire que notre porosité est faible. Si nos cheveux descendent jusqu'à la moitié du verre, cela veut dire que nos cheveux ont une porosité normale ou moyenne. Si nos cheveux atteignent le fond du verre, cela veut dire que notre porosité est élevée.

Comment hydrater des cheveux à faible porosité ?

Si la porosité de nos cheveux est faible, cela signifie que nos cuticules sont serrées et ne laissent pas passer l'humidité. Pour favoriser l'ouverture des écailles il est nécessaire d'utiliser un shampooing au pH supérieur à 7 car les pH plus faibles, donc acides, augmentent la fermeture des cuticules. En plus du pH l'on va vérifier que le shampooing n'est pas composé de protéines car celles-ci augmentent le dépôt de résidus sur les cheveux. Ils deviendront alors ternes et secs. Plusieurs blogueurs proposent de réaliser une fois par mois un shampoing clarifiant suivi d'un rinçage à l'eau chaude. Vous pouvez les lire ici et ici. Niwel donne d'ailleurs un conseil quant à l'utilisation de bicarbonate de soude, un ingrédient qui se trouve souvent dans notre cuisine et qui permet d'ouvrir le cuticule. Néanmoins, comme elle le souligne, le bicarbonate de soude est agressif et va détériorer nos cheveux. Il me semble donc à exclure de la routine que l'on utilise pour nos cheveux crépus, déjà naturellement fragiles.

 

Une fois que l'on a ouvert nos cuticules grâce à l'eau chaude, on peut appliquer nos produits hydratants. Cela peut être du miel, du lait de coco, de l'huile d'olive, de l'huile d'avocat, du beurre de karité. Faites vos propres recettes ou suivez celles qui se trouvent un peu partout sur le net. Vous pouvez trouver deux recettes ici, la première avec du miel, de l'huile d'olive et de l'avocat et la seconde avec du beurre de karité, de l'huile de coco et de l'huile de ricin. Attention, dans la première recette on nous propose du jaune d’œuf. J'ai fait le test des oeufs une fois sur ma tête. C'est la dernière fois. L'odeur des œufs me donnait la nausée et j'ai eu beau laver, laver et relaver ma tête, l'odeur est restée un bon moment. Alors, si comme moi, vous n'aimez pas du tout l'odeur des œufs sur votre tête, préférez la recette numéro 2 au beurre de karité, huile de coco et huile de ricin.

Comment hydrater des cheveux à forte porosité ?

Si vous avez retrouvé vos cheveux au fond du verre, c'est que vous devez absolument revoir la façon dont vous prenez soin de vos cheveux. La forte porosité des cheveux est très souvent liée à une utilisation de produits chimiques liés aux défrisages ou aux colorations combinées aux excès de chaleur liés aux lisseurs et autres sèche-cheveux. Le cheveu à forte porosité est également appelé cheveux mousseux en référence à sa texture qui n'est, chez les caucasiennes et les asiatiques, ni tout à fait frisé ni tout à fait lisse. Nos cheveux vont alors absorber très rapidement les produits hydratants sans rien conserver. La cuticule n'a plus aucune étanchéité. Il est donc nécessaire de mettre en place une routine beauté permettant de refermer la cuticule.

 

Les lectrices et lecteurs rationnels ont bien compris que si l'utilisation des protéines n'était pas adéquate pour les cheveux à faible porosité il est au contraire particulièrement adapté pour les cheveux à forte porosité. Protéines, protéines, protéines, c'est le maître mot pour redonner de la force à vos cheveux en refermant les cuticules. Parmi les ingrédients maison on compte les œufs et la mayonnaise mais si vous n'aimez pas l'odeur vous pouvez toujours vous rabattre sur des produits hydratants comme le henné. Ensuite, les huiles vont permettre de limiter l'évaporation de l'eau et donc de garder nos cheveux hydratés. L'huile de ricin, l'huile de tournesol ou même le beurre de karité font parfaitement l'affaire. A savoir que l'huile de tournesol contient des céramides, qui font parties des composants du cheveu à côté de la kératine. La céramide a pour fonction de relier les écailles du cuticule entre elles. Les céramides permettent donc d'offrir un meilleur aspect à nos cheveux.

 

Si aucun de ces produits ne vous intéresse pour une raison quelconque, comme c'est le cas pour moi et les oeufs il y a encore une dernière technique. Pour refermer les cuticules vous pouvez privilégier d'utiliser des produits contenant une certaine acidité comme le citron ou le vinaigre de cidre. La méthode L.O.C. (liquid, Oil, Cream pour Liquide, Huile et Crème) est une méthode dont on entend souvent parler et qui permet de nourrir et hydrater les cheveux. De multiples articles parlent de cette méthode. Je vous propose celui-ci.

 

Une fois que vous appliquez ces conseils, si vous vous rendez compte que vos cheveux sont trop abîmés et que vous n'arrivez pas à rattraper le coup, il est alors temps de couper les pointes. Une fois qu'ils repousseront, avec une routine plus adaptée à vos cheveux vous verrez qu'ils redeviendront hydratés et brillants. Cela sous-entend donc qu'il faut arrêter les traitements chimiques et donc le défrisage et les colorations. Si vous aimiez ça, c'est le prix à payer pour ne pas ruiner vos cheveux naturels.

 

Armées de tous ces conseils, entre le rinçage à l'eau froide, les oeufs, le beurre de karité ou encore le citron et les routines douces vous avez de quoi reprendre le contrôle de vos cheveux.

1De la chevelure comme caractéristique des races humaines, M.E. Dally, paru dans l'Association française pour l'avancement des sciences, congrès de Lille, 1874, Paris, éditions du Secrétariat de l'association.

2Critique du jugement suivie des observations sur le sentiment du beau et du sublime, tome second, Emmanuel Kant, Paris, 1846, Editions Librairie philosophique de Ladrange, p.314.


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